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Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale

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Au Québec, la mise en concurrence des établissements scolaires nuit à la justice sociale

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[19 septembre 2017]

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), organisme québécois à but non lucratif, indépendant et progressiste, a rédigé une note documentant les effets de la mise en concurrence des établissements scolaires et la croissance de ce phénomène dans la province francophone du Canada sur les dernières décennies.
Intitulée « Inégalité scolaire : le Québec dernier de classe ? », cette note dresse un constat très négatif de l’application dans l’éducation de logiques relevant de l’économie de marché.

D’après les auteurs, les situations de concurrence dans le réseau d’éducation primaire et secondaire sont motivées par la conviction, de plus en plus répandue notamment chez les familles aux revenus élevés, selon laquelle l’homogénéité sociale et le regroupement des élèves par niveaux offrent de meilleures perspectives de réussite pour tous. La note fait donc état de deux types de concurrences : une première entre les établissements scolaires publics et privés (payants, sélectifs et promouvant des pédagogies performantes) ; et une seconde à l’intérieur du système public lui-même qui dans certains cas, pour résister aux effets de cette première forme de concurrence, met en place des classes à programmes particuliers, réservées aux meilleurs élèves, diversifiant ainsi son offre éducative.

La pénétration de cette conviction au Québec est telle que les effectifs des établissements publics décroissent notablement sur le territoire depuis plusieurs années au profit de ceux des établissements privés, eux-mêmes en nombre croissant, que les établissements publics sont de plus en plus nombreux à ouvrir des classes à programmes particuliers, et enfin que les établissements et classes fonctionnant uniquement sur les programmes communs s’homogénéisent de fait eux aussi, mais en négatif pour ainsi dire, concentrant davantage d’élèves moins favorisés socialement et plus fragiles scolairement qu’auparavant. Aujourd’hui, plus du tiers des élèves du secondaire sont inscrits soit à l’école privée, soit dans un programme particulier.

Or, d’après la note, les conséquences de ce phénomène d’écrémage et d’homogénéisation des classes, toléré par le Gouvernement du Québec — 65 % des établissements publics sont subventionnés, avec un montant par élève égal à environ 60 % de celui versé aux écoles du secteur public pour les services éducatifs —, contredisent les a priori qui le régissent. Les chiffres donnent à voir que, non seulement les taux de réussite des élèves des établissements publics, déjà initialement plus faibles que dans le privé, connaissent une baisse significative, mais que c’est également le cas chez les élèves des établissements privés eux-mêmes, dans une moindre proportion toutefois, d’où un écart de taux de réussite entre les réseaux privé et public qui s’en trouve malgré tout amplifié.

Pour les auteurs, ces observations justifient les conclusions d’un récent rapport du Conseil supérieur de l’éducation, qui avance que le système scolaire québécois est à ce jour le plus inégalitaire du Canada. En parallèle, elles légitiment les préconisations en faveur de la mixité au sein des classes, comme celles, en France, du Conseil national de l’évaluation du système scolaire (CNESCO) et de sa présidente, Nathalie Mons, citée à plusieurs reprises. Pour l’IRIS comme pour le CNESCO, en effet, l’égalité des chances en éducation favorise tous les élèves sans exception et sans distinction, et est un bien d’intérêt général dont bénéficie la société entière.

Lire la note « Inégalité scolaire : le Québec dernier de classe ? » de Philippe Hurteau et Anne-Marie Duclos sur le site de l’IRIS

En supplément, pour la France, consulter sur le site du CNESCO le rapport de septembre 2016 consacré à l’école et aux inégalités sociales en France

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